Bilan & Nouveau rideau de fer en Europe?
Chers tous,
ça ne manque pas de sel et d’ironie que de voir N.Sarkozy et B. Kouchner aller à Moscou pour proposer le retrait russe d’Ossétie après l’éclatante victoire sur les troupes géorgiennes.
Pourquoi ce manque de réalisme?
Surtout après le refus russe de cette proposition au Conseil de Sécurité, mais aussi quand on sait -et comment leur donner complètement tort…- que les Russes pensent que c’est justement l’éclatante victoire de l’OTAN sur les troupes serbes qui nous permet de leur arracher le Kosovo et d’y rester.
Comment peut-on espérer les convaincre de refuser pour eux-mêmes ce que nous nous autorisons?
Dans le même registre, ça fait sourire que la France explique avoir obtenu un cessez-le-feu alors qu’avant même le voyage de Moscou, Géorgiens puis Russes avaient annoncé l’arrêt des combats, faute … de combattants, la débandade géorgienne ayant été totale.
Beaux joueurs, les Russes autorisent même cette gloriole française qui leur permet de gagner sur les deux tableaux: ne rien céder sur les champs de bataille et montrer combien ils sont bons amis avec l’”Europe présidée française”.
Il faudrait apprendre à être crédibles auprès des Américains sans se faire rouler dans la farine par les Russes!!!
Comme face à la Chine au Tibet, maintenant face à la Russie, la France a affiché des ambitions démesurées pour finalement composer avec la réalité sur le terrain. Ici, les Russes restent maitres en Ossétie.
J’ai appris à admirer le professionalisme de J.-D. Levitte, quand il était ambassadeur à Wahington, alors qu’il est devenu le premier conseiller diplomatique de l’Elysée. S’agit-il d’afficher une grande fermeté pour plaire aux Américains, aux Polonais et aux Baltes afin de mieux leur faire avaler la reculade à suivre!?
Ne serait-il pas plus noble, clair, simple, loyal et fidèle à nous-mêmes d’afficher des ambitions plus mesurées qui permettent, tout à la fois, d’y parvenir, dans la bonne direction, et de ne pas se dédire et se contredire ensuite? Pourquoi, par exemple, ne pas renoncer à la naïveté de demander le retrait russe d’Ossétie mais annoncer/proposer-imposer/négocier en revanche l’arrivée d’Européens en Géorgie pour “controler” la fougue du Président géorgien Saakashvili, moyen de le contenir et de le protéger? Ou sommes-nous allés à Moscou pour renoncer à tout?
Dommage aussi que le PS, fort des informations publiques nous venant de l’ONU, n’ ait pas fait connaitre ce souci de réalisme avant même le voyage de Moscou. Tout parti français, et en priorité s’il mène l’opposition, doit être capable de faire valoir dans les médias un point de vue quand la première puissance militaire européenne est en guerre! En politique internationale, il n’y a pas que la visite du Dala=C 3-Lama en France pour monopoliser l’attention. Et dire maintenant que N. Sarkozy n’est pour rien dans le cessez-le-feu serait reproduire la maladresse suivant la libération d’ I.Bétancourt, au moment de la communion nationale et internationale pour la libération de l’une et l’arrêt des combats en Géorgie.
Au delà des considérations françaises, quelle nouvelle Europe?
L’ex-Yougoslavie est acquise à l’Occident, entourée par des pays de l’OTAN et de l’Union. L’histoire longue nous enseigne de toute façon que Belgrade n’a jamais été soumise totalement à Moscou, même du temps du communisme! Ce qui rendait la précipitation médiatique de l’indépendance du Kosovo d’autant plus inutile et provocatrice vis-à-vis des Russes, comme écrit ici à l’époque.
La Biélorussie, de l’autre côté, reste plus acquise que jamais aux Russes.
Au milieu, et entre deux chaises, nos progrès démocratiques sont désormais menacés en Ukraine, en Moldavie et en Géorgie.
Il faut bien faire comprendre aux deux premiers qu’attaquer, respectivement, la Crimée et la Tr ansnistrie risquerait d’avoir les mêmes conséquences pour eux que pour la Géorgie en Ossétie.
Un allié comme M.Saakashvili est pour nous, son peuple et l’équilibre continental, un danger puisqu’il ne sait ni évaluer correctement ses chances de succès, ni déjouer les pièges potentiels. Je ne doutais pas du maintien de l’indépendan ce géorgienne, puisque se lançant à l’assaut de l’Ossétie, mais la facilité de sa déconfiture l’offre à l’appétit russe. Il a fallu deux guerres aux Américains pour aller jusqu’à Bagdad afin de détroner leur allié d’avant son besoin de conquérir “sa” province sécessioniste du Koweït, les Russes peuvent de la même façon, à tout moment, aller jusqu’à Tbilissi, au risque de ridiculiser encore plus le “cessez-le-feu français”.
L’imprudence de M. Saakashvili servira, on l’espère, la prudence de ses collègues de Kiev et Chisinau.
Reste l’inconnue silencieuse et heureuse de l’Arménie, et dans une moindre mesure de l’Azerbaïjan. Ces voisins caucasiens de la Géorgie gagnent à rester dans l’ombre. C’est surtout le cas de l’Arménie, parce que sans frontière avec la Russie et encore plus proche culturellement et historiquement de l’Occident que la Géorgie.
Vivre loin du bruit et de la fureur!
Edouard Mayoral.
San Francisco.
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