Guerre asymétrique Israël - Hamas
Chers tous,
Israël ne peut pas gagner la guerre à Gaza contre le Hamas. De la même façon qu’Israël n’a pas atteint ses objectifs contre le Hezbollah au Liban.


Israël peut, en revanche, gagner des guerres classiques, c’est-à-dire symétriques, contre des armées régulières d’Egypte, de Syrie ou d’ailleurs aux territoires et frontières clairement identifiés.
George Bush avait annoncé sa victoire en Irak après avoir défait, de façon foudroyante, l’armée régulière: la vraie guerre commençait alors et elle n’est pas encore gagnée. Idem pour l’Afghanistan, sous les Soviétiques ou les Américains, le changement de pouvoir à Kaboul ne suffit pas.
La guerrilla, inventée par les Espagnols, a infligé sa première défaite à Napoléon.
Je reviens tout juste d’Egypte, quittant Le Caire au moment oú Tsahal entrait à Gaza et Nicolas Sarkozy arrivait pour des entretiens avec Hosni Moubarak, en étant témoin de la mobilisation sur place pour Gaza malgré les critiques d’autres pays arabes contre le rôle de médiateur de l’Egypte. Ce matin, notre Président annonce une initiative de paix franco-égyptienne……. Je suis impatient d’en connaitre les détails, ce ne pourra pas être un rideau de fumée à la géorgienne! Parce que, justement, la guerre russo-géorgienne était classique et que la victoire russe était vraie avant même de prendre l’avion pour Moscou.
Visiter le barrage d’Assouan, comme j’ai pu le faire au coeur du dispositif militaire égyptien, est très impressionant. La démonstration des experts est saisissante: la rupture du barrage -accident, bombardement ou attentat-
ferait ….. disparaitre toute la vallée du Nil, autant dire toute l’Egypte, Caire compris, en 10 heures, sous les flots du tsunami provoqué par le déversement des eaux du lac artificiel Nasser. On l’a compris, Sadate ne pouvait que signer la paix avec Israël!
A Gaza, il en va tout autrement, aucune des parties n’a intérêt à déposer les armes, car ni défaite, ni victoire ne sont possibles. Les deux parties mènent une guerre d’usure vis-à-vis de leur adversaire et de conquète de leurs propres opinions publiques, l’armée est mobilisatrice dans les deux camps, en matière de moyens et d’enjeux politico-économiques et permet d’assoir les pouvoirs en place.
Il est tout simplement difficile de croire que les Israéliens eux-mêmes croient en leur victoire. Ils sont dans une logique “à l’américaine” de fuite en avant qui ne me semble pas évaluer correctement les chances de succès. L’obstruction américaine à l’ONU, pour ne pas faire passer un simple texte appelant à un cessez-le-feu -c’est tout de même consternant!-, montre dans ces jours finissant du gouvernement Bush l’obstination dans des solutions qui ont montré avec grand brio leur échec.
Il me semble qu’il faut convaincre les Israëliens que la suprématie militaire incontestable est entrain de leur faire perdre la bataille de l’image, de l’opinion, de la diplomatie et de la respectabilité. Ce pays assiégé, du Maroc au Pakistan -excusez du peu!-, a dilapidé en 50 ans son immense, irremplaçable, unique capital de sympathie post-deuxième guerre mondiale: de victime à bourreau. C’est absolument incroyable!
Le retrait volontaire du Sinaï hier, celui de Gaza plus près de nous avaient été des gestes admirables redonnant espoir au monde arabe et en la raison d’être d’Israël. C’est là qu’est l’avenir!
La France, en raison de sa guerre d’Algérie, par exemple, sait bien que la suprématie militaire ne peut pas empécher une défaire totale sur le plan diplomatique et international. C’est ce message là que la France doit porter en Israël.
Ce qui m’amène à quelques commentaires de politique française. Le parti socialiste pourrait se pencher sur ces questions sérieusement, en réfléchissant à un aggiornamento culturel. Nous savons combien les gaffes de Ségolène Royal en matière internationale ont été dévastatrices pour sa candidature, nous connaissons le mépris à peine dissimulé pour les questions internationales. Obsédée par l’économie, les comptes, les banlieues, le social -mais surtout pas le sociétal! Rappelez-vous le mépris pour le PACS, car on avait des “sujets plus importants” à traiter…- la rue-de-Solférino doit s’efforcer de ne pas rater le virage de la mondialisation et de la communication.
On se souvient de de Gaulle pour une “certaine idée de la France”, pas pour son fiasco de 68, il ne faudrait pas que Sarkozy choisisse le même positionnement face à des socialistes qui, même avec un bon bilan économique à la Jospin, ne sont pas capables d’accéder au deuxième tour de la présidentielle.
Les problèmes sont globaux, internationaux, y compris en économie, bien évidemment, et c’est cette crise là qui fait rebondir Gordon Brown, qui permet à Nicolas Sarkozy de donner le change dans les sondages, qui a permis à l’Espagne déjà avec Aznar et maintenant avec Zapatero d’exister. Les replis perçus de Berlusconi et maintenant grandissant de Merkel finiront pas les handicaper très sérieusement en politique intérieure.
Il faut voyager, être visible, incorporer l’opinion de l’autre, s’y frotter, la combattre si nécessaire mais ne pas s’enfermer dans des certitudes et le silence de ses convictions, c’est vrai pour Israël, c’est aussi vrai pour d’autres circonstances et sur d’autres sujets, pour Martine Aubry ou Bertrand Delanoë.
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