Pwofitasyon
Le mois de février a connu une tension sociale en Guadeloupe qui, non seulement n’est pas encore réglée, même si les négociations salariales se poursuivent, mais qui surtout évite de parler de l’énormité du problème présent dans tous les esprits.
Il s’agit, bien entendu, d’un système d’exploitation et de profit, la “pwofitasyon” en créole, héritier de temps coloniaux, où les planteurs de canne à sucre et de banane se sont convertis dans les services en perpétuant une même structure sociale.
Les grèves et les violences actuelles mettent en danger, paradoxalement, l’économie fragile d’entrepreneurs et de commerçants modestes, métis, Antillais qui au fil des générations ont su tirer bénéfice de l’ascenseur social de l’école de la République et qui sont sans lien avec le passé colonial.
Ces violences ne menacent pas véritablement le pouvoir économique des descendants des colons, les békés. Ces derniers ont trouvé le plus spectaculairement caricatural plaidoyer de l’apartheid en la personne d’Alain Hughues-Despointes, soucieux de préserver sa race sur Canal+; et voilà plantés tous les clichés, sans nuances, alimentant le pire.
Tout est dit, et l’Histoire s’invite: l’opposition entre Noirs et Blancs est reservie. Et celà ne se règle pas dans une négociation salariale! Même si le porte-parole du patronal MEDEF en Guadeloupe, Willy Angèle, est métis mais …. soucieux de faire de si petits pas. Comment pourrait-il représenter les grandes familles blanches et les patrons métis face à la représentativité populaire du syndical LKP d’Elie Domota?
La couleur de peau, la langue parlée, français ou créole, l’Histoire et l’éloignement géographique sont les quatre facteurs qui provoquent et alimentent la crise. La France est prête pour un Obama à la présidence mais les békés peuvent ne pas vouloir de Noirs dans la famille et le disent! La France a voulu imposer sa langue sur ses territoires et le créole cristallise une identité. L’esclavage n’a pas été oublié. Cantal, Ardèche ou Lozère s’effondreraient économiquement s’ils devenaient indépendants mais la géographie n’invite pas à l’idée. Alors au-delà de l’économie sous perfusion, grâce aux RMistes et aux fonctionnaires qui maintiennent vaille que vaille une bien trop fragile paix sociale.
Le calme va-t-il revenir en Guadeloupe? Le malaise social va-t-il au contraire se communiquer à la Martinique?
Combien de morts encore, combien d’expressions encore de racisme ordinaire au quotidien dans une société pourtant si largement métissée (ma grand-mère est “Indienne”, ma mère est “Noire” et je suis “Blanc”, par exemple), avant de poser des questions plus larges, plus légitimes?
La gauche avait trouvé les voies de ce dialogue sans imposer ou hypothéquer des hypothèses variées d’avenir en calédonie/kanakie. Pourquoi ne pas y penser?
Ces questions doivent préoccuper l’opinion nationale car c’est notre diversité qui est en cause, les minorités visibles, comme on dit maintenant, le civisme et notre propre histoire. A San Francisco, les Guadeloupéens, Antillais, Ultra-marins, regroupés dans l’association que j’ai fondé BayFO (BayFrenchOverseas), s’inquiétent de la paradoxale passivité hexagonale sur cette question, pourtant parallèle à l’émerveillement français pour Barack Obama.
La réconciliation, croire en son destin national, en sa capacité de rebond ça se travaille et il est temps que Paris s’y attelle. Aujourd’hui, j’étais à la manifestation antillaise de la place de la Nation, à Paris, et j’y ai rencontré des représentants de l’antenne parisienne naissante du LKP, qui est tout juste apparue en plein jour avec l’organisation de la bien plus grande manifestation passée du 21 février dernier, qui a rassemblé des dizaines de milliers de manifestants dans la capitale. Lundi 2 mars, je vais porter cette question auprès de mes collègues de l’Assemblée des Français de l’Etranger, à l’occasion de l’ouverture de nos travaux.
L’espoir ça se travaille, ça se construit pour un meilleur vivre ensemble.
2 commentaires »
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Je trouve dommage que vous ne mentionnez qu’un example de beke typiquement raciste alors qu’il y a des bekes, en Martinique par exemple, qui n’ont eu aucun problemes a se melanger avec d’autres groupes raciaux. Roger DeJaham a recement emmene des journalistes francais voir qu’il y a des differences dans la facon de vivre des bekes et qu’il ne faut pas tous les mettre dans le meme panier. Je ne suis pas beke, mais une martiniquaise metis qui a grandi en Martinique et qui a mal de voir mes freres et soeurs antillais s’entredechirer. Je suis d’accord avec votre conclusion qu’il faut qu’on travaille ensemble pour construire un meilleur futur. La crise mondiale qui nous fait face a tous ne va pas s’ameliorer si on ne fait que se blamer les uns les autres.
Madame,
Plus simplement, c’est le témoignage d’Alain Hughues-Despointes, sur Canal+, qui a soulevé l’indignation en caricaturant le point de vue des békés qui ne peut être uniforme. Et surtout en alimentant le trouble social, il ne s’agissait donc pas pour moi de ne citer qu’un béké mais de placer la médiatisation de ce discours là dans le contexte.
Essayons tous de faire mieux!